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Le Medeghino, seigneur du lac

Redazione LagodiComo.it8 minutes de lecture

Banni pour un meurtre, châtelain de Musso, corsaire sur le lac, marquis avec le droit de battre monnaie et enfin général de l'empereur : pendant neuf ans, Gian Giacomo Medici fit du Lario un petit État, jusqu'à ce que son château soit démantelé.

La petite église Sant'Eufemia sur le Sasso di Musso par une journée de fin d'hiver : à gauche le mur crépi et lézardé de l'église et le porche à arcs sur deux colonnes de pierre, avec son toit de lauzes ; un randonneur avec sac à dos et bâtons marche sur le dallage ; au-delà d'un muret de pierres sèches et d'un pré en pente avec un arbre aux feuilles sèches et deux tables de pique-nique, le lac s'étire vers un horizon voilé, avec les montagnes de la rive opposée, un sommet enneigé et, sur la rive à droite, les maisons d'un village.Maurizio Moro5153 · CC BY-SA 4.0

Gian Giacomo Medici, dit le Medeghino, naquit et mourut à Milan, mais c'est sur le lac de Côme qu'il fit fortune.

Entre 1523 et 1532, depuis le château de Musso, il domina le haut lac avec une flottille armée, mena deux guerres contre les Grisons, la seconde aussi contre le duc de Milan, et reçut de Charles Quint le titre de marquis. Il reste quelques ruines du château sur le Sasso di Musso, à côté de la petite église Sant'Eufemia.

Medeghino signifie petit Medici : le surnom lui venait de sa petite taille, et il l'utilisa lui-même dans certaines signatures. Malgré le nom, sa famille n'avait aucun lien avec les seigneurs de Florence : elle était milanaise, de la paroisse de San Martino in Nosiggia. Gian Giacomo naquit à Milan, très probablement en 1497 ou 1498, premier de dix enfants ; son père était fermier des impôts ducaux, sa mère la fille du notaire Gabriele Serbelloni. En 1515, les Français confisquèrent les biens du père et le jetèrent en prison. Quand celui-ci mourut ruiné, en 1519, le fils avait déjà été banni : accusé, semble-t-il, de meurtre, il combattait autour du lac de Côme avec des bandes de partisans des Sforza. En juillet 1522, les Sforza revenus à Milan, il fut impliqué dans l'assassinat d'Astorre Visconti. La tradition veut que l'ordre soit venu du grand chancelier Gerolamo Morone ; la seule certitude est qu'en octobre il était recherché pour ce meurtre. Il retourna sur le lac.

Le château sur le Sasso

Il réapparut à Musso en janvier 1523, peu après que les troupes impériales eurent pris le château, un point stratégique pour contrôler la partie nord du lac. On ignore comment il parvint à s'en emparer et à s'y installer comme châtelain au nom du duc, et cette incertitude a nourri des reconstitutions plus ou moins romanesques. L'une d'elles, née dès le XVIe siècle, parle d'une lettre scellée qui ordonnait de le tuer et qu'il aurait remplacée par l'ordre de lui remettre la forteresse. Ce qui est sûr, c'est qu'en juillet 1524 le duc Francesco II Sforza reconnaissait son autorité. La forteresse était ancienne : les Malacrida l'avaient construite au XIVe siècle pour le compte des Visconti, et au début du XVIe siècle le maréchal Gian Giacomo Trivulzio l'avait agrandie et y avait ouvert un atelier monétaire. Le Medeghino y fit venir ses frères et sœurs et entreprit d'en faire une citadelle complexe et un palais. Il renforça trois points : la pointe qui tombe à pic sur le lac, l'endroit où se dresse aujourd'hui l'église Sant'Eufemia et le sommet du Sasso, où il creusa un fossé, la Tagliata, pour défendre le château par l'arrière.

Une flottille sur le lac

Pour dominer le lac, le Medeghino avait besoin de bateaux. Il fit construire une flottille avec laquelle il attaquait le commerce lacustre, rançonnait et pillait les villages de la rive ; ses contemporains qualifiaient son activité de piraterie, et les expéditions partaient de la forteresse, son port sûr. Certaines proies étaient politiques. Le 13 septembre 1525, des barques armées du Medeghino capturèrent sur le lac les ambassadeurs des Trois Ligues qui rentraient de Milan, et les enfermèrent dans le château pour en exiger une rançon. L'été suivant, ce fut le tour de deux ambassadeurs de Venise en route vers la cour de France, pris pour obliger la Sérénissime à payer ses dettes pour les soldats qu'il avait recrutés pour elle. En temps de guerre, la flotte devint une artillerie flottante : les Grisons essuyèrent le feu des canons montés sur les barques, et plus tard des embarcations armées de pièces de quarante et de cinquante livres battirent plusieurs fois la flotte du duc.

Les guerres de Musso

Depuis 1512, les Trois Ligues grises occupaient le haut Lario, la Valteline et les comtés de Chiavenna et de Bormio, et le château de Musso se trouvait juste sur la frontière. La première guerre de Musso dura de 1524 à 1526. Par un coup de main, le Medeghino prit Chiavenna, qu'il ne put tenir, mais il s'assura les Tre Pievi, Gravedona, Dongo et Sorico, et le duc le récompensa en le nommant châtelain à vie. Sa diversion en Valteline poussa les Grisons à retirer leurs troupes de l'armée française peu avant la bataille de Pavie, et par la paix signée à Ala en 1526 le châtelain obtint le contrôle de tout le haut lac. En 1528, par les accords de Pioltello, il passa au service de Charles Quint : il obtint l'amnistie pour lui et pour ses hommes et l'investiture de marquis de Musso sur de nombreuses terres autour du lac, Côme exceptée, avec pleine juridiction et le droit de battre monnaie. C'était en fait un petit État souverain au nord de Milan, même si le Sénat milanais refusa d'enregistrer des privilèges aussi étendus et qu'à la fin de 1529 l'empereur, s'étant entendu avec le duc, en refusa la confirmation. Le Medeghino garda Musso de 1528 à 1532.

La dernière guerre

En mars 1531, le marquis occupa Morbegno avec ses mercenaires, en cherchant à présenter l'entreprise comme une croisade contre les protestants. La réponse fut une alliance entre les Ligues grises, les cantons suisses et le duc de Milan, qui prévoyait la restitution au duc des terres du lac et la destruction des fortifications de Musso. Les alliés reprirent Morbegno et, en juillet, prirent Monguzzo, en Brianza ; les sièges de Lecco et de Musso échouèrent en revanche, notamment parce que le duc dut armer des barques pour contrer la flottille du marquis. Le Medeghino perdit au combat son frère Gabriele, mais par des sorties nocturnes, avec des hommes de moins en moins nombreux, il chassa les assiégeants de leurs camps : le 8 février 1532, avec cent hommes, il captura Alessandro Gonzaga, l'un des commandants du siège de Lecco. Ailleurs, la guerre laissa des traces encore visibles. En 1532, le château Renaissance de Nesso, au-dessus de la gorge, fut détruit ; à Lecco, les guerres du Medeghino laissèrent le pont Azzone Visconti si endommagé qu'il ne fut restauré qu'au début du XVIIe siècle.

À Gabriele Medici, jeune homme d'un talent et d'un courage exceptionnels, tombé avec la gloire d'une âme invaincue dans une bataille navale, alors qu'il était vainqueur, après la défaite infligée aux Rhètes et à François II Sforza.

Extrait de l'inscription latine pour son frère Gabriele sur le tombeau du Medeghino, dans la cathédrale de Milan

De Musso à Marignan

En février 1532, ses frères Giovan Angelo et Giovan Battista négocièrent la paix, l'un à Milan, l'autre en Suisse, et début mars le Medeghino et Francesco II parvinrent à un accord. Il cédait Musso, Lecco et toutes les autres terres occupées, artillerie comprise ; en échange, il recevait de l'argent, une rente annuelle et l'investiture de Marignano, l'actuelle Melegnano, avec le titre de marquis. Le 22 mars, il entra à Verceil avec une garde de vingt-cinq hallebardiers. Le château de Musso fut démantelé la même année, et les Suisses obtinrent du duc la promesse de ne jamais le reconstruire ; Musso revint aux Malacrida, ses anciens seigneurs féodaux. Le Medeghino devint l'un des généraux des Habsbourg et combattit en Flandre, en Hongrie, en Allemagne et enfin dans la guerre de Sienne : le 2 août 1554, il battit à Marciano l'armée de Piero Strozzi, avec une férocité qui suscita chez ses contemporains autant d'horreur que d'admiration. Il mourut à Milan le 8 novembre 1555. Son frère Giovan Angelo, devenu pape sous le nom de Pie IV, lui fit élever par le sculpteur Leone Leoni un mausolée dans la cathédrale de Milan et consacra une somme à dédommager tous ceux que les brigandages du Medeghino avaient lésés.

Le tombeau de Gian Giacomo Medici dans la cathédrale de Milan : un édicule de marbre blanc aux colonnes de marbres veinés, au centre la statue de bronze du Medeghino en armure, de part et d'autre deux figures féminines assises, elles aussi de bronze ; plus haut deux inscriptions latines, des reliefs de bronze et, au sommet, des armoiries entre deux figures ; derrière, les blocs de pierre de la cathédrale et un vitrail coloré, devant le sol de marbre marqueté et une balustrade.
Le mausolée que Pie IV fit élever par Leone Leoni dans la cathédrale de Milan. L'inscription de gauche rappelle Gian Giacomo, mort dans sa soixantième année après de nombreuses victoires remportées dans presque toute l'Europe ; celle de droite son frère Gabriele, tombé dans la bataille navale.Daniel Case · CC BY-SA 3.0

Ce qui reste sur le Sasso

Sur le Sasso di Musso, il ne reste du château que quelques ruines, sur un terrain privé et en mauvais état. Outre les démolitions, elles ont été rongées par les carrières de marbre, creusées dans la même roche depuis l'époque romaine. Dans l'ancienne enceinte fortifiée se dresse la petite église Sant'Eufemia, du XVIIe siècle, bâtie sur une chapelle du haut Moyen Âge ; à ses pieds, au XIXe siècle, l'ingénieur Giovanni Manzi créa le Giardino del Merlo. Le Museo Civico Storico de Musso, consacré à l'histoire du village, conserve un bloc de marbre blanc des carrières locales sur lequel Antonio Semprebon grava le château en 1945. Et les armoiries de la commune portent toujours trois châteaux, pour la forteresse du Sasso, et la couronne du marquisat que Charles Quint reconnut le 25 mai 1528.

Une fresque dans un cadre peint : une forteresse à plusieurs enceintes s'élève sur un éperon rocheux, un bourg s'étend sur la rive à ses pieds et des barques à rames portant de petits drapeaux avancent sur le lac ; au sommet de la colline, à gauche, des soldats se battent autour d'un canon, et de chaque côté du cadre se tient un putto.
Le château de Musso sur une fresque du XVIe siècle, dans la salle des Batailles du château de Melegnano. Melegnano est l'ancienne Marignano, le fief que le Medeghino reçut en 1532 quand il céda Musso.Phyrexian · CC BY-SA 4.0

Les événements historiques liés au récit sont réunis dans la Chronologie du lac.

Les lieux du récit

  • Brianza2008 · CC BY-SA 3.0
  • Kaitu · CC BY 4.0
  • Torsade de Pointes · CC0
  • Maurizio Moro5153 · CC BY-SA 4.0

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Le pont et ses arches sur l'eau, avec derrière les montagnes enneigées au-dessus de Lecco.

Brianza2008 · CC BY-SA 3.0