La ligne Cadorna comprend des fortifications, des tranchées et des routes du système défensif italien face à la Suisse.
Autour du Lario, les ouvrages se trouvent entre le Monte Bisbino, au-dessus de Cernobbio, le val d'Intelvi, le Galbiga, la Crocetta au-dessus de Menaggio et le Forte Montecchio Nord à Colico. Des parcours et des ensembles restaurés permettent d'en visiter une partie.
Son nom complet est « système défensif italien à la Frontière Nord face à la Suisse » ; celui de ligne Cadorna, sous lequel on la connaît, est impropre. C'était un ensemble d'ouvrages permanents, conçu et construit entre 1899 et 1918 pour protéger la plaine du Pô, avec Turin, Milan et Brescia, d'une attaque que la France, l'Allemagne ou l'Autriche-Hongrie auraient pu lancer en violant la neutralité suisse, ou bien, hypothèse jugée moins probable, de la Suisse elle-même. Le nom du chef d'état-major lui resta attaché à cause de ce qui se passa en septembre 1915. Le général Carlo Porro lui signala la possibilité concrète d'une invasion allemande de la Suisse, et Luigi Cadorna reprit un vieux projet de 1882 et ordonna une ligne fortifiée des vallées de l'Ossola jusqu'aux cols des Orobie. Sur le Lario, elle suivait les montagnes entre le lac et la frontière, et au fond du lac elle fermait la plaine où arrivent l'Adda et la Mera.
Le fort à la porte de Colico
Le chantier commença au fond du lac. Le 18 avril 1911, l'état-major confia les travaux au Génie militaire de Milan, qui commença par le barrage entre la Mera et l'Adda avec le fort sur le Montecchio Nord, l'une des collines rocheuses au pied du Legnone. Le site fut choisi parce que cinq des grandes voies qui descendent des Alpes vers Milan y convergent : les routes et les voies ferrées qui arrivent du Splügen, de la Maloja, de la Bernina, du Stelvio et du Tonale. Les travaux du fort se déroulèrent entre 1912 et 1914, avec des murs de béton jusqu'à deux mètres d'épaisseur revêtus de granit de San Fedelino. Le 6 décembre 1914, le fort était armé. En juillet 1915, la guerre une fois commencée, les canons furent démontés et emportés dans des endroits moins visibles, et ce n'est qu'en mars 1918 que Badoglio ordonna de les remettre en place.
Le fort est creusé dans la roche. L'eau de pluie ne reste pas sur le Montecchio, et il y a donc sous les bâtiments des citernes alimentées par des bassins de collecte et des filtres. Dans le dortoir de la troupe, les quarante clous des murs correspondaient à autant d'armoires et de lits de camp ; il n'y avait pas de réfectoire, et l'on mangeait sur son lit ou, par beau temps, sur la place d'armes. Dans les deux locaux où l'on chargeait les obus, serrures et gonds sont en cuivre, pour ne pas faire d'étincelles, et le mur côté extérieur n'a que vingt centimètres d'épaisseur au lieu du bon mètre du reste, pour qu'une explosion s'échappe vers le dehors. Au sommet se trouvent les quatre tourelles : des canons Schneider de 149 millimètres de 1910 sous des coupoles d'acier qui tournaient avec la pièce sur tout l'horizon, avec une portée de douze à treize kilomètres et demi et six artilleurs par pièce. Les canons sont toujours en place.
Sur ordre du ministère de la Guerre, la forteresse de Colico est déclarée en état de résistance.
Circulaire du commandant du fort, le lieutenant-colonel Bonalti, 6 juin 1915

Du Bisbino au Crocione
Dans la province de Côme, la ligne allait du Monte Bisbino, au-dessus de Cernobbio, le long du Sasso Gordona, du Galbiga et du Crocione, jusqu'à la Crocetta au-dessus de Menaggio. Sur le Bisbino, la route entre le cimetière de Rovenna et le sommet fut construite pendant la guerre pour la ligne elle-même : près du cimetière se trouve encore la borne qui en marquait le début, et un peu plus loin la chaîne qui fermait la zone militaire. Sous le sanctuaire, on creusa dans la roche un observatoire d'artillerie, avec des tranchées et deux positions autour, pour surveiller et battre le val de Muggio, la cuvette de Mendrisio et les pentes du Generoso. Restaurés en 2011, les ouvrages se visitent librement. Plus au nord, le Sentiero Italia du Club alpin italien contourne le Sasso Gordona sur une ancienne route militaire. À l'intérieur de la montagne se trouvent un abri en galerie, trois petits abris maçonnés, trois lignes de tranchées et cinq positions pour mitrailleuses ou canons légers.
Dans le val d'Intelvi, la montagne clé était le Generoso, important dans les plans de l'Occupazione avanzata Frontiera Nord, le commandement qui eut la ligne en charge à partir de 1917. Le Sentier des tranchées part de l'ancienne douane de Valmara, au-dessus de Lanzo, à 840 mètres, et monte par douze niveaux de tranchées : du Sasso Bovè, avec sa tranchée près de la borne frontière, aux Baracche et à la tranchée numéro huit, le poste de commandement, la plus grande. Soldats et ouvriers les construisirent en tirant parti du terrain. Sur le Galbiga restent la route militaire et les fortifications de 1915-1918, réutilisées pendant la guerre suivante comme postes de guet antiaérien. Dans une tranchée effondrée, à une centaine de mètres derrière le refuge Venini, on a construit un observatoire astronomique dont on ne voit de dehors que la coupole. La route de Lanzo à la Sighignola fut aménagée à l'initiative du Touring Club Italiano et inaugurée en 1913. En 1916, le poste de guet sur la montagne fut remis au Génie militaire.
Au-dessus du centre du lac
Au-dessus de Menaggio, la ligne arrivait à la Crocetta, à environ cinq cents mètres. Un sentier en boucle monte jusqu'au Sasso San Martino le long de boyaux restaurés, entre des positions blindées, des abris pour la troupe, des observatoires et des galeries. À côté, le groupe des Alpini de Menaggio a construit la petite église San Maurizio pour les morts des deux guerres, et dessous se trouve un bunker qui abrite le mémorial des morts du village. De l'autre côté du lac, sous le château de Vezio, il y avait une position d'obusiers de 75 millimètres, prévue pour prendre en enfilade la vallée qui descend de Porlezza à Menaggio en cas de tentative allemande d'invasion par la Suisse. Au fond du lac, en revanche, le barrage de Colico fut jugé insuffisant : il se trouvait au niveau de l'eau, et un ennemi aurait pu le frapper depuis les montagnes alentour. C'est pourquoi on construisit les positions hautes du Legnoncino, avec les casemates des Roccoli di Artesso et de Lorla.

Une ligne sans batailles
Pour l'ensemble de la ligne, on estime les ouvrages à soixante-douze kilomètres de tranchées, quatre-vingt-huit positions d'artillerie, dont onze en caverne, vingt-cinq mille mètres carrés de baraquements, deux cent quatre-vingt-seize kilomètres de routes et trois cent quatre-vingt-dix-huit de chemins muletiers, entre six cents et plus de deux mille mètres d'altitude ; quarante mille hommes y travaillèrent. L'invasion par la Suisse contre laquelle ils avaient été conçus n'eut pas lieu pendant la Première Guerre mondiale. Au début de 1917, les ouvrages étaient presque achevés, mais au milieu de l'année les canons partirent pour la Vénétie et la ligne passa à six bataillons de la Garde royale des finances. Après Caporetto, ceux-là aussi furent envoyés sur la Piave, et jusqu'à la fin de la guerre la frontière nord resta dégarnie. Le commandement fut dissous le 10 janvier 1919. En 1938, Mussolini pensa envahir la Suisse et envoya sur la ligne le bataillon de Chemises noires de Côme, sept cents hommes ; puis l'ordre fut retiré.
Le fort de Colico ne tira en guerre qu'une seule fois, pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 27 avril 1945, les partisans tirèrent cinq coups, sans atteindre leur but, contre la colonne italo-allemande qui remontait la rive opposée après la capture de Mussolini à Dongo. Le lendemain, la reddition de la colonne fut signée à l'hôtel Isolabella de Colico. En 1947, les canons tirèrent encore vingt coups vers la combe du Legnone pour les funérailles du commandant partisan Leopoldo Scalcini, et ce fut la dernière fois. Le fort devint une poudrière et fut démilitarisé en 1981 ; en 1998, le ministère des Finances le confia à la commune de Colico, et depuis 2009 c'est le Museo della Guerra Bianca qui le gère. En 1939, on lui avait donné le nom d'Aldo Lusardi, médaille d'or de la valeur militaire, et c'est pourquoi on l'appelle aussi Forte Lusardi.
Les événements historiques liés au récit sont réunis dans la Chronologie du lac.





