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Léonard de Vinci sur le Lario

Redazione LagodiComo.it8 minutes de lecture

Une source qui monte et descend toutes les six heures, une rivière qui tombe à pic dans le lac, un trou sous la montagne de Mandello où il y a toujours de la glace : Léonard de Vinci a noté le lac et ses vallées en quelques lignes du Codex Atlanticus et du Codex Leicester. Ce qu'il a vraiment écrit, et ce qu'on lui a attribué depuis.

Les Grigne vues de l'ouest par une journée limpide : deux grands massifs de calcaire clair et nu, avec quelques plaques de neige, reliés par une crête déchiquetée sous un ciel bleu ; plus bas, des pentes boisées creusées de ravines et de parois, une vallée profonde entre les deux massifs et, à leur pied, les toits rouges de quelques villages ; au premier plan à droite, le feuillage d'un arbre.Alfio66 · CC BY-SA 3.0

Léonard de Vinci a longtemps travaillé à Milan, et le lac apparaît dans ses carnets en notes brèves, plus proches d'un guide de voyage que d'un traité.

Elles énumèrent des vallées, des rivières, des cascades et des mines, notent de combien un lac se trouve plus haut qu'un autre et indiquent le meilleur mois pour partir. Léonard dit rarement avoir vu ces lieux de ses yeux, et une bonne part de ce qu'on lui attribue sur le lac ne figure pas dans les codex.

« Et moi, pour ma part, j'en ai vu une » : c'est l'une des rares fois où Léonard dit être venu en personne sur le lac. La phrase se trouve dans le Codex Leicester, au folio 11 verso. En bien des lieux, écrit-il, il y a des veines d'eau qui montent pendant six heures et baissent pendant six heures ; il en a vu une sur le lac de Côme, appelée source Priniana, qui fait tourner plusieurs moulins quand elle coule et qui, quand elle manque, baisse tant qu'on croirait regarder l'eau au fond d'un puits profond. C'est la source de Torno que Pline le Jeune avait décrite dans une lettre. En 1573, elle passa au comte Giovanni Anguissola, gouverneur de Côme, qui bâtit sa villa autour d'elle. Le Codex Leicester est un cahier de trente-six feuillets écrit entre 1506 et 1510 ; c'est le seul des codex de Léonard qui appartienne à un particulier. La Pliniana figure aussi dans le Codex Atlanticus, dans une liste de lieux, mais Léonard n'y parle pas à la première personne.

Une liste de lieux

Le Codex Atlanticus est le grand recueil de dessins et d'écrits de Léonard conservé à la Biblioteca Ambrosiana de Milan. Les notes sur le lac se trouvent presque toutes sur un seul feuillet, daté de 1490, qui porte le numéro 214 dans l'ancienne numérotation et le 573 dans l'actuelle. Au recto figurent Côme, le lac de Côme, Bellagio, la Mera, la Valsassina, l'Adda, la « Voltolina », c'est-à-dire la Valteline, Bormio et la « Lamagna », l'Allemagne, avec le nom d'un homme, Ambrogio Fereri. Au verso, Chiavenna, Bellinzona, la Priniana, Mandello, la Grigna, Introbbio, Introzzo, Vimogno et Pra' Santo Petro. Ce sont des notes en forme d'itinéraire, peut-être des renseignements recueillis auprès d'un tiers en vue d'un voyage. On y trouve même un conseil pratique : ces excursions, écrit Léonard, sont à faire au mois de mai.

De la vallée de Chiavenna à la Valsassina

La liste commence tout en haut. Au-dessus du lac, vers l'Allemagne, s'ouvre la vallée de Chiavenna, où la Mera se jette dans le lac : des montagnes stériles et très hautes aux grands rochers, des oiseaux d'eau, des sapins, des mélèzes et des pins, des cerfs, des chèvres sauvages, des chamois et de « terribles ours ». On ne gravit pas ces montagnes sans s'aider des mains et des pieds, et l'hiver les paysans vont sur la neige avec de grands lacets pour faire tomber les ours du haut des rochers. Le long de la rivière, on trouve de bonnes auberges de mille en mille, des cascades hautes de quatre cents brasses, belles à voir, et beaucoup de bois qui descend la vallée. La Valsassina est presque semblable par la forme et la nature, avec beaucoup de « mappello », un mot au sens incertain, et de grands éboulements et chutes d'eau. De la vallée d'Introzzo, pleine de sapins, de pins et de mélèzes, Ambrogio Fereri fait descendre son bois. En haut de la Valteline se dressent les montagnes de Bormio, terribles et toujours couvertes de neige. La Valteline elle-même est une vallée fermée par des monts hauts et terribles, aux vins puissants et au bétail si nombreux que, disent les habitants, il y naît plus de lait que de vin.

Le Fiumelatte, la Pliniana et Nesso

Puis la liste descend sur le lac. En face du château de Bellagio, écrit Léonard, « est le Fiumelaccio, qui tombe de plus de 100 brasses de haut depuis la veine où il naît, à pic sur le lac, avec un fracas et un vacarme inestimables » : c'est le Fiumelatte. La note ajoute que la source ne coule qu'en août et en septembre. En réalité, le Fiumelatte coule d'ordinaire de mars à octobre : c'est le déversoir d'un système karstique qui commence au Moncodeno, sur le versant nord du Grignone, comme l'a montré en 1992 un colorant versé dans les grottes de la montagne. Au verso du feuillet de la liste, la Pliniana revient en une seule ligne : « À 8 milles au-dessus de Côme est la Priniana, qui croît et décroît toutes les 6 heures ; sa crue donne de l'eau pour 2 moulins, et il en reste, sa baisse fait tarir les sources. » Deux milles plus haut, poursuit la note, se trouve Nesso, où une rivière tombe avec une grande violence dans une vaste fente de la montagne : c'est la gorge de Nesso.

Le Fiumelatte entre les maisons du hameau de Varenna qui porte son nom : l'eau, blanche d'écume, descend par ressauts entre des blocs couverts de mousse, passe sous une passerelle à garde-corps et, plus haut, sous un pont de pierre en arc ; de part et d'autre, des murs crépis, un escalier extérieur avec sa main courante, une glycine en fleur sur une maison jaune aux volets verts et, sur une maison rose, un panneau jaune marqué « Fiumelatte ».
Le Fiumelatte dans le hameau de Varenna qui porte son nom, sur une photo prise en avril. Léonard écrivait qu'il ne coulait qu'en août et en septembre ; il coule d'ordinaire de mars à octobre.Manzosaba · CC BY-SA 4.0

La montagne de Mandello

Les plus grands rochers nus de ces contrées, poursuit la liste, sont les montagnes de Mandello, voisines de celles de Lecco, celles de Gravedona vers Bellinzona et celles de la vallée de Chiavenna ; mais la plus grande est celle de Mandello, qui « a à sa base un trou vers le lac, qui descend sur 200 marches, et là il y a en tout temps de la glace et du vent ». On identifie d'ordinaire ce trou avec la glacière du Moncodeno, sur le Grignone, sur le territoire d'Esino Lario : une grotte qui garde sa glace même en plein été. On raconte que Léonard la visita, mais la note ne dit ni où se trouve le trou ni s'il y est descendu. Quelques lignes plus loin vient la Valsassina : entre Vimogno et Introbbio, à droite quand on arrive par la route de Lecco, la Troggia tombe d'un rocher très haut et, en tombant, s'enfonce sous terre, et là finit la rivière. Trois milles plus loin se trouvent les bâtiments des mines de cuivre et d'argent près de Pra' Santo Pietro, aujourd'hui hameau de Cortenova, puis des mines de fer et des choses curieuses. La liste se clôt sur la Grigna.

La Grigna est la plus haute montagne qu'il y ait dans ces contrées, et elle est pelée.

Léonard de Vinci, Codex Atlanticus, folio 214 verso

Le lac de Lecco et l'Adda

D'autres feuillets regardent vers le sud. Sur l'un d'eux, non daté, le 740, figurent les lacs d'Annone, de Pusiano, de Sala et de Segrino, le lac de Lecco, l'Adda et Trezzo. Léonard y note que la surface du lac d'Annone se trouve vingt-deux brasses plus haut que celle du lac de Lecco, et celle du lac de Pusiano vingt brasses plus haut encore. Le folio 388, de 1508, porte l'Adda et Brivio. Ludovic le More chargea Léonard d'étudier le cours du fleuve entre Paderno et Trezzo pour le rendre navigable, et beaucoup de ses dessins portent sur la liaison entre le Lario et Milan, avec un barrage qui aurait élevé l'eau aux Tre Corni jusqu'au niveau du lac de Brivio. À côté du croquis d'un canal partant de Brivio figure une note de sa main : « Lagho di Lecho ringorgato alli 3 corni in Adda », le lac de Lecco refoulé jusqu'aux Tre Corni. Des ouvrages de cette ampleur ne furent même pas tentés.

Un dessin à l'encre brune sur papier clair, avec une rivière et une barque au premier plan, à gauche une colline couverte de maisons et de murs, au centre un bâtiment près d'un pont en arc et des arbres le long des rives.
Une vue de la vallée de l'Adda dessinée par Léonard vers 1511-1513, conservée dans la Royal Collection britannique. Léonard étudia le cours du fleuve pour le rendre navigable.Leonardo da Vinci · Public domain

Ce que les codex ne disent pas

Autour de ces lignes, bien d'autres histoires sont nées. Certains reconnaissent le lac et les Grigne dans les fonds de la Joconde et de la Vierge aux rochers, et le clocher d'une église au-dessus d'Olcio dans les fenêtres de la Cène ; on raconte aussi de longs séjours de Léonard à Bellagio et à Lierna. Ce sont des interprétations de paysages peints et des reconstitutions de voyages : les notes n'en gardent aucune trace. Il existe aussi un Sentiero di Leonardo, un itinéraire d'environ deux cent quarante kilomètres à travers des lieux liés à sa vie et à ses recherches. Il part de Milan, rejoint Lecco le long de la Martesana et de l'Adda, suit la rive orientale du lac par le Sentiero del Viandante et s'achève à San Bernardino, en Suisse. Ce qui reste certain, ce sont les notes d'un homme qui, à Milan, consignait où il neige toujours, où il y a de la glace en été, de combien monte une source et en quel mois il vaut mieux partir.

Les événements historiques liés au récit sont réunis dans la Chronologie du lac.

Les lieux du récit

  • Giorgio Galeotti · CC BY 4.0
  • Daniel Case · CC BY-SA 3.0
  • Ysogo · CC BY-SA 4.0
  • Maurizio Moro5153 · CC BY-SA 4.0
  • Xavier Caré · CC BY-SA 4.0

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Les crêtes de la Grignetta au-dessus de Mandello del Lario.

Giorgio Galeotti · CC BY 4.0